Cette prise de position vise à conscientiser la population que l’universalité et l’accessibilité des soins de santé et services sociaux représentent actuellement un enjeu majeur au Québec. Le RAPIQ considère effectivement que des changements s’imposent, mais qu’il faut toutefois agir avec circonspection afin de conserver les éléments gagnants et modifier ceux qui font obstacle à sa pérennité. Aussi, il faut s’assurer que les soins et services soient offerts à toute la population, y compris les plus vulnérables de notre société vivant dans les diverses régions du Québec. Le RAPIQ est très inquiet puisque, jusqu’à présent, toutes ses préoccupations exprimées dans son mémoire sur le projet de loi no 10 se concrétisent. La disparition des instances indépendantes comme le commissaire à la Santé et au Bien-être et l’Association des établissements de santé au Québec démontre, encore une fois, que nos craintes par rapport à ces réformes sont fondées.

Actuellement, selon la perception de certains cliniciens, les médecins prennent plus de patients, donc ils ont une plus grande prise en charge de ceux-ci. Le RAPIQ se dit heureux de constater que de plus en plus de québécois ont accès à un médecin. Par contre, il y a encore beaucoup de québécois qui n’ont pas accès à des soins et services de santé. De plus, pour plusieurs clientèles, un médecin n’est pas nécessaire et une infirmière pourrait facilement évaluer et déterminer un plan de traitement de façon autonome en collaboration avec d’autres expertises professionnelles. Afin d’améliorer l’accessibilité aux soins et aux services de santé pour tous les québécois et les québécoises, les infirmières doivent être utilisées judicieusement, ce qui signifie qu’elles doivent exercer pleinement leur pratique professionnelle.

À l’instar des autres organismes qui se sont prononcés sur le sujet, le RAPIQ estime que les infirmières doivent dépister, évaluer et traiter plusieurs affections courantes qui ne nécessitent pas l’intervention d’un médecin. Il est primordial de développer la pratique infirmière en collaboration avec d’autres professionnels, avec le soutien des Directions des soins infirmiers (DSI) des CIUSSS. Mais le Ministre Barrette, avec ses annonces, donne l’impression que les professionnels de la santé ne peuvent pas donner des soins et services sans l’aval d’un médecin. Pourtant, c’est possible, prenons l’exemple de la clinique SABSA à Québec.

La clinique SABSA est un très bon modèle développé par une infirmière praticienne en première ligne puisque l’équipe multidisciplinaire répond directement aux besoins souvent multiples, des personnes les plus vulnérables de notre société. Le RAPIQ estime que ce modèle de clinique doit demeurer, voire même, être développé dans différentes régions au Québec afin d’offrir des services à des populations qui n’ont pas accès aux soins de santé pour des raisons d’ostracisme et de stigmatisation. La clinique peut très bien travailler en interdisciplinarité sans être rattachée à un groupe de médecine familiale (GMF). Ce sont pour toutes ces raisons que nous demandons le maintien de la clinique et jugeons que le Ministre Barrette doit investir dans ce modèle de soins dans diverses régions du Québec, y compris Montréal. L’idée de regrouper les services et les soins au même endroit afin d’améliorer l’accessibilité, l’efficacité et l’interdisciplinarité n’est pas une mauvaise idée en soi. Par contre, le RAPIQ croit qu’il est possible de travailler en interdisciplinarité sans que ce soit dans un même établissement.

Qui plus est, nous souhaitons rappeler au Ministre Barrette que les CLSC ne sont pas un échec contrairement à ses prétentions. Bien que les CLSC ne soient pas parfaits, ils ont grandement contribué au développement de la première ligne au Québec et leur collaboration interprofessionnelle a permis une meilleure offre de services et de soins. Il est vrai qu’il y a des inégalités dans cette offre de services actuellement. Cependant, il demeure essentiel de souligner les succès des CLSC notamment en ce qui a trait à la prévention et la promotion de la santé, à l’approche populationnelle, au suivi de la clientèle vulnérable et à la gestion interdisciplinaire de cas complexes. Étant la porte d’entrée dans le système de santé, les CLSC ont permis, entre autres, d’améliorer l’état de santé de la communauté en contribuant à la responsabilisation des patients en favorisant l’auto-prise en charge de leurs soins. Leurs activités de promotion et de prévention de la santé ont amélioré la santé populationnelle en répondant à des besoins exprimés par celle-ci. Les études scientifiques dans le monde démontrent que les activités de promotion dispensées par les infirmières, en collaboration avec les autres professionnels de la santé, permettent d’agir en amont des problématiques de santé, ce qui réduit les couts à long terme et améliore la santé de la population. En permettant aux patients stables médicalement de poursuivre leurs traitements à la maison, les CLSC ont aussi contribué à désengorger les lits d’hôpitaux, ce qui a permis de soigner plus de patients. De cette manière, les services de santé ont été utilisés de façon plus optimale. C’est pourquoi, le RAPIQ juge que le gouvernement doit investir en ressources humaines, financières et matérielles notamment, en ajoutant un plateau technique dans certains CLSC à travers le Québec.

Recommandations

Le RAPIQ recommande au Ministre Barrette plusieurs avenues telles que :

  • Assurer un accès équitable aux soins et services en respect des principes de la Loi canadienne sur la santé (L.R.C. (1985), ch. C-6) notamment, l’accessibilité, l’universalité, l’intégrité et la transférabilité ;

  • Conserver un accès aux soins et services de santé via les CLSC pour desservir la clientèle n’ayant pas accès à un médecin en GMF et pour éviter la perte d’expertise qu’occasionnera le transfert de personnel ;

  • Élaborer une stratégie de communication auprès de la population pour mieux l’informer quant à la portée d’accès optimale aux soins en rapport avec son besoin immédiat selon son problème de santé. Cette stratégie devrait inclure autant les médias écrits, télévisuels et sociaux de manière à rejoindre toutes les strates de la population ;

  • Investir et maintenir la clinique coop SABSA et le développer dans toutes les régions;

  • Renforcer les rôles infirmiers, notamment en ce qui a trait à l’approche populationnelle, les services à domicile ainsi que la prévention et la promotion de la santé et des saines habitudes de vie;

  • Que les frais accessoires soient financés par l’État afin de légaliser, d’uniformiser et d’abolir les abus de cette pratique et la rendre accessible à toute la population;

  • Tenir des États généraux en santé afin de connaitre non seulement l’avis des professionnels mais aussi celui de la population sur les grands enjeux de notre société québécoise : préoccupations et attentes vis-à-vis du système de santé et de ses intervenants.


Nous demeurons disponibles pour toutes questions ou commentaires.

 

Par Marie-Pierre Avoine, inf. M. Sc., Martine Volny, inf. M. Sc. et Sylvain Brousseau inf., Ph.D.

pour le Regroupement pour l’Avenir de la Profession Infirmière au Québec (RAPIQ)

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